Le droit de dire

Joëlle Stagoll*

D'une soirée Slam

Il y a ceux qui parlent
jusqu'à ce qu'on les fasse taire
et qui continuent
après
entre quatre murs
à graver sur la pierre
leur cri
les ongles en sang

Il y a ceux qui parlent
jusqu'à ce qu'on les fasse taire
la bouche remplie de terre
dans des fosses aussitôt refermées
pour ensevelir leur mémoire

Il y a ceux qui ne parlent pas
parce qu'ils ne savent pas
ne veulent pas savoir
ce qui se passe

Il y a ceux qui ne parlent pas
pensent inutile
de s'égosiller sans écho sans réponse
que ça ne change rien à rien

Il y a nous
qui tentons de parler
avec nos mots maladroits
et qu'on ne fait pas taire

Mais qu'avons-nous à dire ?
Mais comment le dire ?
Et savons-nous
de quoi nous parlons ?

                                          stag

*Joëlle Stagoll est une accroc de l'écriture. Elles s'y est mise en 1990, après une grande épreuve de sa vie. Deux ans après une nouvelle est publiée par Radio France international, après quoi la crainte d'être " aspirée par un monstre parisien de l'édition " lui fait garder ses manuscrits. Si bien que lorsqu'à passé 60 ans elle se laisse convaincre d'envoyer un roman aux Editions de L'Hèbe, elle a en réserve une sabretache bourrée de feuillets. Cet éditeur fribourgeois en publiera quatre romans d'un coup, en 2004.
Sous le pseudonyme stag, Joëlle Stagoll participe aux soirées Slam de poésie du théâtre 2.21, à Lausanne. Où elle a récité le texte ci-dessus.  

Ce qu'est une soirée SLAM Joëlle Stagoll, sept romans aux éditions de L'Hèbe