Et Bienne, dans tout ça?

Jean-Claude Crevoisier

Dans le débat portant sur l'avenir institutionnel de l'Arc jurassien, Bienne apparaît comme une épine dans le pied. Et pourtant ...

Il faut donc trancher sur le statut futur de cette ville. Soit Bienne fait partie intégrante du futur ensemble cantonal, soit elle reste en marge. Mais ce choix premier appartient aux Biennois eux-mêmes. Ceux-ci ne doivent pas hésiter à aborder la question. Quitte à renoncer au confort, très relatif pour eux, du statu quo.

Si les Biennois manifestaient formellement un intérêt à faire partie d'un canton de l'Arc jurassien, il va de soi qu'ils devraient être immédiatement associés à la réflexion. Si en revanche, ils refusaient tout aussi formellement d'envisager de quitter le canton de Berne, ils devraient alors, en toute honnêteté, renoncer à influencer de l'extérieur les démarches en cours. Et attendre que les populations effectivement concernées aient fait leur choix. Et entrer, ensuite seulement, en négociation sur les collaborations qu'ils souhaiteraient voir s'établir dans l'intérêt bien compris de leur cité.

Mais, mis à part l'appartenance cantonale, peu de choses changeraient pour la ville de Bienne. Centre industriel et commercial d'une région bilingue, elle resterait. Nœud ferroviaire, elle conserverait.

Même ses écoles, avec un enseignement en langue française jusqu'au niveau du secondaire II, elle garderait. Si ses citoyens, notamment alémaniques, acceptaient d'en supporter les   conséquences en particulier financières. Mais il ne devrait pas y avoir de doute à ce sujet. Si l'on en croit l'attachement, constamment proclamé par ces mêmes citoyens, à la pérennité du statut bilingue de leur ville. Ils ne devraient en outre pas voir un problème à devenir minoritaires dans un canton francophone, eux qui se considèrent, pour beaucoup, comme parfaitement bilingues et qui nient toute difficulté pour leurs concitoyens de langue française dans un canton de Berne massivement germanophone.

De plus, rappelons-le, le maire actuel de Bienne est à l'origine de la création du "Réseau des villes de l'Arc jurassien". Il a en effet compris que le destin de sa ville était intimement lié à celui de cet espace. Même si la majorité de la population biennoise n'en parle pas la langue. Et il serait certainement intéressant d'évaluer ce que Bienne gagnerait à pouvoir envisager plus librement son développement sur un axe Ouest-Est. Au lieu de se voir cantonné à devenir un simple élément de l'agglomération bernoise.

Alors, rêvons un peu. Bienne fait partie du canton de l'Arc jurassien. Pas d'obstacle majeur à cela, sinon une décision contraire des Biennois eux-mêmes. Car le sondage, dont   nous avons parlé la semaine passée, montre en effet que les populations sondées sont majoritairement favorables à l'intégration de cette ville au nouvel ensemble. D'aucuns, assez nombreux, allant jusqu'à y voir la capitale du nouveau canton.

Le canton de l'Arc jurassien est dés lors bilingue. Il peut de ce fait jouer le rôle, jusqu'ici prétendument tenu par Berne, de pont entre la Romandie et la partie allemande de la Suisse. Comme d'ailleurs les cantons de Fribourg et du Valais avec leurs minorités germanophones, qu'on oublie un peu trop dans ce rôle de médiation confédérale. La Suisse n'y perd donc rien. Et Bienne même y gagne en importance. Aujourd'hui ville de province bernoise, elle devient ambassadrice, en Suisse alémanique, de l'Arc jurassien, pour en défendre les intérêts et en promouvoir les ambitions.

Et ceux qui croient utile voire nécessaire de solliciter l'Histoire, avant toute remise en question des frontières héritées du passé, y trouvent leur compte. Bienne n'a-t-elle pas fait partie, avec l'ensemble du Jura historique, de l'Ancien évêché de Bâle ?

Tout ça pour dire qu'en fait le problème n'est pas de savoir si le Jura bernois peut se détacher institutionnellement de Bienne, mais si celle-ci tient tant à lui qu'elle pourrait décider de l'accompagner dans le nouvel ensemble cantonal. Sur le sujet, la balle est désormais dans le camp de la ville de l'Avenir.

jean-claude.crevoisier(arobase)courant-d-idees.com

Paru le 7 février 2010 °°° Imprimer cet article