Un canton de l'Arc jurassien en point de mire
Jean-Claude Crevoisier
Pour une surprise, c'est une surprise : ce sondage publié jeudi dégageant une majorité favorable à la création d'un grand Canton de l'Arc jurassien, de Neuchâtel à Porrentruy.
C'est dire que l'Assemblée interjurassienne (AIJ), dont une des missions consiste à trouver une issue institutionnelle à la Question jurassienne, aurait été bien inspirée d'explorer la piste d'un canton de l'Arc jurassien.
L'AIJ a présenté l'année dernière ce qu'elle considérait comme son rapport final sur le sujet. Dans ce rapport, une majorité de cette assemblée propose la création d'un nouveau canton constitué de l'addition de l'actuel canton du Jura et du Jura bernois. Elle assortit ses conclusions d'un important projet de fusion des communes (au total 6 communes, soit une par district). Une minorité de l'AIJ se dit quant à elle satisfaite, dans le Jura bernois, d'un statut quo légèrement amélioré (statu quo +), sans pour autant donner un contenu crédible à ce "plus". Ces deux propositions antagonistes doivent être présentées aux publics concernés dans le courant de cette année.
Les résultats du sondage rendu public cette semaine rendent compte de l'état de l'opinion sur l'avenir institutionnel de la région. Ce sondage dévoile les préférences de la population non seulement sur l'idée d'un grand canton de l'Arc jurassien mais également sur d'autres options qui se présentent à elle.
De façon assez surprenante, le projet du canton de l'Arc jurassien est reçu partout de façon positive. Près de 60% des sondés y sont plutôt favorables à très favorables, avec une pointe à 69% dans le canton du Jura. Les chiffres obtenus, qui témoignent d'une évolution intéressante des mentalités, devraient donc inciter les responsables politiques à prendre cette nouvelle réalité en considération.
Le sondage nous révèle encore la préférence de toutes les régions concernées (canton du Jura compris!) pour le statu quo comme alternative, si la création du canton de l'Arc jurassien se révèle impossible. Dans ces conditions, on se demande si l'AIJ ne devrait pas revoir sa copie.
Faisons maintenant, mais rapidement, un sort à deux objections entendues après la publication du sondage.
Affaiblissement de la Suisse romande, qui perdrait deux Conseillers aux États et deux voix dans les scrutins sur les objets constitutionnels. C'est la crainte exprimée notamment par l'éminent et très respectable professeur de droit, Jean-François Aubert. Deux réponses à cela. D'abord, qui peut affirmer que le mouvement de concentration intercantonale se limiterait dans l'avenir à la Suisse romande ? Ensuite, le propos manque de pertinence lorsqu'il vient de ceux qui n'ont jamais posé le problème du rapport de force, défavorable à la Suisse latine, entre celle-ci et la Suisse allemande; un déséquilibre institutionnel qui la désavantage systématiquement (voyez, à titre de simple exemple, la place des Latins dans l'administration fédérale); une dissymétrie chronique qui ne serait donc de toute façon pas fondamentalement changée avec la création d'un canton de l'Arc jurassien. Une autre opposition mérite à peine qu'on l'évoque. Dans le Jura bernois, les Astier et autres Rötlisberg, plus que satisfaits du statu quo et estimant même que l'AIJ a fait du "travail de singe" pendant 15 ans, demandent instamment qu'on arrête tout et qu'on dissolve cette assemblée. Faut-il leur rappeler que l'AIJ a eu le grand mérite de renouer le dialogue entre les deux parties du Jura et de favoriser la création d'institutions communes.
Revenons donc, pour conclure, à l'AIJ. C'est évidemment facile, aujourd'hui, de dire quelles autres pistes cette instance aurait dû explorer en détail. D'ailleurs, nous croyons savoir qu'elle avait évoqué, avant de l'abandonner, l'idée d'une fusion avec le canton de Neuchâtel. On peut comprendre ce choix si l'on tient compte du fait qu'à l'époque aucune ouverture dans ce sens n'était venue de ce canton. La relance du projet d'un canton de l'Arc jurassien, l'année dernière par des élus neuchâtelois, a incontestablement changé la donne.
La Confédération serait bien avisée d'en prendre conscience et d'élargir le mandat de l'AIJ et sa composition; par exemple en prenant l'initiative de proposer la conclusion d'une convention quadripartite (la Confédération avec les cantons de Berne, du Jura et de Neuchâtel) ayant pour but de donner une consistance au grand projet qui se profile dans l'Arc jurassien.
jean-claude.crevoisier@courant-d-idees.com °°° paru le 31 janvier 2010 °°° Imprimer cet article
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