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Un canton de l'Arc jurassien: une nécessité
Jean-Claude Crevoisier

La coïncidence, dans le temps, de l'annonce d'un projet de canton de l'Arc jurassien et de la 62e Fête du peuple jurassien a incontestablement obscurci le débat.

Beaucoup (trop?) ont vu, dans l'affirmation d'un rapprochement nécessaire entre le Jura historique et le canton de Neuchâtel, une façon "autre" de résoudre la Question jurassienne. Et que l'intention de ceux qui relançaient cette idée (car celle-ci est déjà ancienne) se limitait à cet objectif. Or l'important n'est pas là. Nous pouvons même dire que le rapprochement institutionnel entre le canton du Jura et le Jura bernois, qui pourrait découler de la création d'un canton de l'Arc jurassien, devrait plutôt   être considéré comme un avantage collatéral de la démarche.

Expliquons-nous donc sur la confusion née de la quasi simultanéité entre la publication du projet d'un canton de l'Arc jurassien et le temps politiquement fort que constitue la Conférence de presse de la Fête du peuple jurassien à Delémont.

Pour la petite histoire, le "Manifeste pour un canton de l'Arc jurassien", dont la rédaction n'est d'ailleurs pas encore totalement aboutie, ne devait pas être rendu public avant la fin de l'automne. Justement pour ne pas interférer avec les propos tenus par les responsables du MAJ (Mouvement autonomiste jurassien). Un mouvement qui argumente autant (sinon plus) sur le cœur que sur la raison pour promouvoir le projet de réunification des deux parties du Jura historique. Une indiscrétion involontaire sur l'élaboration de ce Manifeste a alerté le correspondant jurassien de la Télévision suisse romande qui en a fait un sujet pour le magazine "Couleurs locales". Ce sujet a ensuite été répété au Téléjournal du 2 septembre. Soit une dizaine de jour avant la Fête du peuple jurassien, mais surtout le jour même où le Grand conseil bernois condamnait sans appel la solution ayant la préférence de l'AIJ (Assemblée interjurassienne) : la création d'un nouveau canton à six communes rassemblant les territoires du canton du Jura et de l'actuel Jura bernois. L'amalgame était de ce fait inévitable.

Or, le projet d'un canton de l'Arc jurassien doit nettement moins au cœur (pour l'instant?) qu'à la raison. Nous avons déjà exposé le sujet dans ce webzine, en janvier 2008 (voir le schéma ). Le phénomène de la métropolisation détermine le développement territorial non seulement de la Suisse mais également de toute l'Europe. Dans notre pays cinq métropoles s'organisent et se déploient, concentrant pouvoirs, richesses et créations culturelles. L'Arc jurassien apparaît dans ce processus comme un territoire interstitiel dont le seul avenir promis résiderait dans un hypothétique "réseau stratégique de villes". Un tel réseau, reposant sur les maires des villes principales de la région, a certes été créé dans l'Arc jurassien (RVAJ). Mais celui-ci a malheureusement montré son impuissance non seulement à concevoir et à porter des projets stratégiquement importants mais surtout à pratiquer un lobbying efficace au niveau fédéral. La diversité des intérêts locaux, une forme d'esprit de clocher, l'absence de pouvoir de décision, les difficultés à trouver des financements ajoutées à la multiplicité des pratiques et des tutelles cantonales ont jusqu'ici plombé les ambitions de ce réseau. Précisons au passage que les maires des villes jurassiennes, pourtant invités comme membres de plein droit de ce réseau, n'ont que très occasionnellement et très parcimonieusement manifesté de l'intérêt pour cette structure. Tant qu'on en est encore, dans le Jura, à se jalouser entre Porrentruy et Delémont, on n'est certes pas prêt à se lancer dans une aventure plus large et plus ambitieuse !

Car un canton de l'Arc jurassien est bien un projet stratégique. Il donnerait corps à cet "ensemble interstitiel". Un réel pouvoir politique pourrait s'exercer et peser dans les choix fédéraux. On ne peut même pas dire "peser plus" tant la volonté de la région est aujourd'hui inexistante. Et on peut douter que l'élection récente d'un Neuchâtelois au Conseil fédéral puisse valablement changer la donne.

Revenons brièvement à la dimension émotionnelle que devrait posséder un tel projet. C'est vrai qu'aujourd'hui le cœur n'y est pas (l'est-il d'ailleurs beaucoup plus entre les districts jurassiens?). Il y a toutefois un instrument commun, la HEP Arc et surtout la HEP BEJUNE, qui pourraient devenir le creuset d'une véritable communauté ayant conscience de la convergence de ses intérêts. Rappelons simplement aux Jurassiens du Nord comme du Sud l'importance par exemple des écoles normales de Delémont et de Porrentruy pour faire vivre et prospérer l'identité jurassienne.

Mais, dans l'immédiat, c'est à un mariage de raison que nous faisons allusion. Et, comme cela arrive parfois dans la vraie vie, il n'est pas exclu que l'amour puisse à la longue découler d'une cohabitation intéressée.

jean-claude.crevoisier(arobase)courant-d-idees.com

Paru le 27 septembre 2009