La gauche frnçaise écartée du pouvoir?
Jean-Claude Crevoisier  

Le PS et la présidentielle

Le quinquennat de François Hollande n’a pas convaincu le peuple de gauche français de sa spécificité et de son utilité.

Même si le bilan n’est pas totalement négatif, une majorité de cet électorat n’a pas senti que le pouvoir socialiste avait été capable d’apporter des solutions à ses problèmes majeurs, aux conditions et aux perspectives d’emploi ainsi qu’aux besoins basiques de logement, de santé et d’éducation.

Un quinquennat pour rien ?

Les événements ont certes imposé au gouvernement socialiste de mettre un accent particulier voire prioritaire sur les questions de sécurité, cela malheureusement au détriment des autres nécessités existentielles. Or, en cela, il n’a pas pu marquer d’un sceau socialiste son traitement du sujet. La droite, si elle avait été au pouvoir, n’aurait certainement pas fait autrement.

Pour mobiliser le peuple de gauche il faut lui offrir une part de rêve, lui insuffler une dose importante de confiance en sa capacité à peser collectivement sur l’évolution de la société, lui proposer aussi une démarche crédible d’appropriation et d’utilisation du pouvoir.

Or, les héritiers du quinquennat qui s’achève ne sont pas en mesure de satisfaire à ces trois conditions nécessaires et complémentaires : le rêve d’un avenir meilleur et aussi possible, la confiance en son pouvoir au travers d’une démarche citoyenne et un projet concret d’accès au pouvoir.

Une gauche définitivement éclatée ?

Il faut voir par ailleurs que de tout temps, sauf dans l’urgence d’un moment particulier de l’Histoire, la gauche s’est partagée entre les porteurs de rêves, certains de l’inéluctabilité du Grand Soir, et les gestionnaires aspirant et réussissant, parfois pour un temps, à être chargés de la responsabilité de la gouvernance du pays.

Ajoutons encore, comme pour compliquer la donne à gauche, l’émergence certes plus trop récente des préoccupations écologiques qui imposent des exigences légitimes s’agissant notamment de l’exploitation des ressources naturelles, de la diversification des sources énergétiques (à l’exclusion du nucléaire) comme de leur économie et de la protection de la nature.

Un parti socialiste phagocyté ?

Ces constats expliquent l’éclatement actuel de la gauche française grosso modo d’une part entre ceux qui proposent un projet que d’aucuns qualifient d’utopie, derrière Mélanchon, et d’autre part ceux qui, comme Macron, proposent une façon « moderne » de gérer la société qui tienne compte tant des contraintes économiques que des exigences sociales. En plus de ces deux candidats à la présidence française, le Parti socialiste, pour choisir son héraut, a organisé un premier tour d’une primaire le 22 janvier 2017. Le résultat de ce scrutin témoigne de l’existence, à l’intérieur même de ce parti, du clivage entre les deux courants de gauche précités.

Cet écartèlement entre des formations différentes et vraisemblablement irréconciliables à court terme ne permet pas d’espérer raisonnablement voir un candidat de gauche présent au deuxième tour des prochaines présidentielles. Même si le choix définitif des socialistes entre Hamon et Valls pouvait apporter quelques ralliements des déçus, suivant le résultat, soit à Mélanchon, soit à Macron. Cette éventualité affaiblirait considérablement le Parti socialiste français et marquerait vraisemblablement sa déroute.



Jean-claude.crevoisier(arobase)courant-d-idees.com



paru le 28 janvier 2017