«Emmanuel Macron sera le prochain président»
Gihel Kha  

Macron

Un pur produit du microcosme…

Il faut se méfier des prédictions, et on ne se vexera pas si le titre de cette page est contredit par les faits dans quelques semaines. Il y a dans le phénomène Macron trop d'éléments atypique pour que nous ne soyons pas interpellés. Laissons de coté la question des sondages puisque de toute manière, tout le monde les scrute quotidiennement tout en disant qu'ils n'ont aucune valeur, élection Trump oblige (mais aussi primaires de Fillon et de Hamon). C'est ailleurs qu'il faut aller chercher les explications à une possible trajectoire victorieuse du jeune banquier, notamment dans un contexte inédit, dans le dessin d'une "image désirée" et dans la solidité d'un réseau habilement construit.

Le contexte inédit, c'est cet incroyable concours de circonstances qui a produit un vide, un espace totalement imprévisible dans le paysage politique français d'avant-campagne. D'une certaine manière en effet, ce qui caractérise le plus la liste des candidats à la présidence, ce sont les absences. A tout seigneur tout honneur, celle du président sortant obligé de renoncer. On ne fera pas ici la liste des bonnes et mauvaises raisons qui l'ont amené à ce choix, et qui l'ont même mis dans l'incapacité de désigner un dauphin comme l'aurait fait un président ayant épuisé ses deux mandats. L'absence d'un opposant "naturel" ensuite, tant François Fillon, le gagnant de la primaire de la droite, apparaît comme le dernier soubresaut d'un sarkosysme mourant. Empêtré dans ses affaires, dans les vieilles habitudes clientélistes et margoulineuses, dans les clins d'œil insistants vers l'électorat du FN et les franges les plus réactionnaires de la société, il n'arrivera pas à séduire ceux qui s'étaient rangés derrière le candidat "historique" de son camp, Alain Juppé, celui dont le principal exploit aura été finalement de débrancher F.Bayrou…

A gauche, comme par un effet de miroir, c'est le candidat le plus coloré qui a remporté la primaire, laissant de coté Vals et les autres tièdes. Cà, on pouvait le prévoir après le hollandisme, tant la gauche - même modérée - porte l'espoir de retrouver un peu d'authenticité. Et çà, ce n'est pas un Vals déjà refusé en 2011 qui pouvait l'apporter. La présence de Mélenchon et l'incapacité chronique des forces de gauche à se rassembler tant que le PS ne sera pas refondé crée également le vide ce coté-ci de l'échiquier (aller chercher du coté du congrès d'Epinay en 1971, qui favorisa l'union de la gauche et conduisit à l'élection de François Mitterrand en mai 81).

L'image d'Emmanuel Macron tient du prodige. Comment comprendre qu'un jeune inconnu, dont la principale légitimité politique est d'avoir trahi son découvreur, le président Hollande, pour cause de manque d'efficacité, non pas tel un "frondeur" lui reprochant de ne pas tenir ses promesses de gauche, mais avec un positionnement fondamentalement libéral, ait pu être vendu à la presse et par la presse comme un candidat de gauche ? Mystère. Comment cet OVNI, longtemps qualifié à juste titre de "sans programme", a-t-il pu autant occuper un espace médiatique où même un vieux routinier de la troisième voie "ni gauche ni droite" comme François Bayrou n'a jamais pu s'installer ? Rappelez-vous, il n'y a pas si longtemps, nombreux étaient ceux qui prédisaient que çà allait faire "pschitt"; et bien non, c'est un autre bruit qui enfle. A la fin 2016, les commentateurs étaient quasi unanimes pour dire qu'un candidat dépourvu de l'appui d'un appareil de parti n'avait aucune chance et que le tenant du ni-ni est obligé de choisir un camp pour exister in fine, cf Bayrou. Or, avant même la publication de son programme (le 10 mars), il caracolait tout en haut des intentions de vote et engrangeait des ralliements multicolores, venant de la droite Modem ou UDI et de nombreux "socialistes" (du moins des encartés, car où faut-il situer les Collomb, LeGuen etc ?).

Pour y arriver, il a bien fallu un peu plus qu'un puissant pouvoir de séduction cathodique, il a fallu exister et c'est probablement le décryptage des réseaux qu'il a su accrocher, et de leur rôle, qui expliquera peut-être un jour un si brillant parcours. Le démarrage du jeune homme dans la vie active était déjà plein de promesse puisque s'y côtoient des activités de banquier d'affaire à la banque Rothschild et de militant (?) socialiste, dans les sphères rocardiennes où il noue des relations fort utiles tel Henry Hermand, grande fortune de l'immobilier qui va le "parrainer".

Si on a pu se demander longtemps qui l'appuyait dans son ambition présidentielle, on a fini par avoir quelques pistes non dénuées d'intérêt. Un des premiers nom de "non politiques" a avoir été révélé a été celui de Xavier Niel. Après avoir construit les bases de sa fortune dans le minitel rose et le sex-business, ce chantre de la modernité a beaucoup investi dans les médias, internet, la téléphonie (il est l'inventeur et propriétaire de l'opérateur Free). Il est détient le journal Le Monde avec le banquier Mattieu Pigasse et Pierre Bergé. A part sa puissance financière et entrepreneuriale, il se distingue par son engagement dans la nouvelle économie et les startup, et partage avec Macron un mondialisme convaincu.

On a vu depuis bien d'autres personnalités "influentes" dans sa proximité : Alain Minc, qu'on ne présente plus, le mitterrandien Pierre Bergé, dans la galaxie internet Marc Simoncini (fondateur de Meetic), mais on a aussi le très puissant homme d'affaire P.Drahi (BFMTV, Libé, RMC, i24, SFR, …, oui oui, celui qui a été l'un des premiers à rendre une visite de courtoisie à Trump après son élection). Parmi les autres soutiens repérés, voir avoués, on peut encore citer J.Attali, Thiéry Pech, Erik Orsenna, …).

Tout çà pour rappeler que le petit Macron n'est pas comme on a pu le croire un bambin perdu dans la forêt prêt à être dévoré par l'ogre dès qu'il n'aura plus de petits cailloux blancs. A défaut de "bouteille", il a du carburant. Au final, il devient donc de plus en plus vraisemblable qu'une majorité d'électeurs, lassés des promesses non-tenues par les deux canaux historiques, peu attirés par la soupe nauséabonde du FN, confie son destin à ce très libéral "ni-ni".

Ce qui est piquant, c'est qu'alors ce mauvais fils sera élu pour faire une politique ni de droite, ni de gauche, après avoir contribué à éjecter un président de gauche critiqué pour sa politique de droite, ou pour avoir fait une politique de droite et de gauche.

gihel.kha@courant-d-idees.com






paru le 18 mars 2017