A l'instar de ses Bleus, la France est cul par-dessus tête.
Abus en matière de logements de fonction, dépenses somptuaires aux frais de la princesse, violation de règles de construction... les derniers dérapages ministériels, si graves soient-ils, font figure de gamineries au regard de la grosse affaire qui tintinnabule désormais comme une batterie de casseroles aux basques du ministre modèle, Eric Woerth. Le prétendu chevalier blanc méritait déjà un carton jaune pour avoir cumulé le rôle de ministre du budget - chargé à ce titre de traquer la fraude fiscale - et celui de trésorier de l'UMP pour laquelle il tendait la sébille aux gens fortunés. Ceux-là même qui ont tendance à soustraire leurs capitaux au fisc. Et le carton aurait dû être rouge lorsque Mme Woerth a été engagée pour gérer les placements, notamment en Suisse, de Liliane Bettencourt.
Le ministre a-t-il reçu des enveloppes garnies du couple Bettencourt pendant la campagne électorale de Nicolas Sarkozy début 2007 ? Peut-être. Ou peut-être pas. L'ancienne comptable de la multimilliardaire est partiellement revenue sur ses déclarations. Mais le contenu de ses carnets et surtout la multiplication avérée de gros retraits d'argent sont troublants. Bizarre que des personnes âgées (et malade pour André Bettencourt) aient eu soudain besoin, en quelques mois, de centaines de milliers d'euros d'"argent de poche", sachant que dans ces carnets les destinataires d'autres prélèvements étaient nommés. Les émouvantes protestations d'innocence de l'encore ministre ne sont guère convaincantes. D'autant moins que, selon "Le Canard enchaîné" il aurait déjà été pris les doigts dans le pot de confiture financière. C'était à la fin des années 1980, quand il dirigeait l'agence de développement de l'Oise. Cet élément a étrangement été oublié dans sa biographie officielle.
En pleine pétaudière, Nicolas Sarkozy semble perdre pied. A-t-il bénéficié, directement ou non, de largesses indues? L'avenir le dira. Peut-être. Si les enquêtes ne sont pas menées par des personnes inféodées au pouvoir. Quoi qu'il en soit, on peut se demander si ce sont les affaires qui montent jusqu'à l'Elysée ou si le mal vient d'en haut: le poisson pourrit par la tête. Ceux qui ne se sont pas laissé aveugler par le feu d'artifice de ses débuts ont vite vu que Sarkozy n'avait pas la stature d'un chef d'Etat et qu'il finirait par se prendre les pieds dans les revers d'un habit trop grand pour lui. L'homme est habile, certes, mais il n'a ni grandeur ni classe. Limité aux effets de manche, il a lancé des réformes en rafale, qui capotent les unes après les autres. On l'a vu surjouer les fier-à-bras pour le moindre fait divers; s'occuper personnellement du tout-à-l'égout du village de sa belle-mère; élever une histoire de foot au rang d'affaire d'Etat; se poser en sauveur du monde et en grand moraliste mais se comporter en nouveau riche avec la toute vulgarité que cela suppose.
Nicolas Sarkozy apparaît à la fois comme un gamin propulsé aux commandes d'un Airbus, comme un homme ébloui par les ors de la République et bien décidé à profiter au maximum, voire plus, des avantages liés à une fonction qu'il a dévoyée. Quelles peuvent être la qualité et l'intégrité d'un gouvernement placé sous la férule d'un tel président ? On pourrait leur appliquer la phrase prêtée à l'ancien président américain Harry Truman à propos de ses ministres : "Je suis très amer (...) de les voir, aussitôt installés, se comporter comme des briseurs de vitrines qui n'ont que quelques minutes pour dévaliser une boutique avant l'arrivée de la police"(1)
madeleine.joye(arobase)courant-d-idees.com (1) in "La Malédiction d'Edgar" (Hoover), Gallimard, pp.136-137
paru le 11 juillet 2010