Les grands tricheurs
Jean-Claude Crevoisier  

Tricheurs

Le plus insupportable pour les Jurassiens, c’est d’être accusé de tricherie lors du vote du 18 juin 2017. Et qui plus est d’être mis en cause par une magistrate féale de Berne. Alors que la Berne cantonale est la grande tricheuse notamment dans le plébiscite jurassien de 1974 et dans les sous-plébiscites de 1975, cela est aujourd’hui avéré et public.

Une indépendance en trompe l’œil

Prenons les choses dans l’ordre et tordons rapidement le cou à une contre-vérité flagrante : l’indépendance de la préfète du Jura dit bernois. Premièrement, soumise à réélection périodique dans son arrondissement, celle-ci ne pouvait pas donner tort à ceux qui représentent en gros 70 % de son électorat. Deuxièmement, étant donné le statut de dépendance des préfets par rapport au gouvernement bernois, il n’est même pas nécessaire que celui-ci dise explicitement ce qu’il désire pour qu’en l’occurrence la préfète sache de quel côté se trouve le manche du couteau. Dans ces conditions, seul une femme ou un homme exceptionnel aurait pu résister en toute indépendance à de telles contraintes.

De plus, les tricheries bernoises remontent loin dans le temps. Il n’est pas inutile de citer la période du Kulturkampf, au XIXe siècle, où la Berne cantonale a essayé, heureusement en vain, de mettre à la botte le clergé catholique jurassien. Il est en outre nécessaire d’évoquer la volonté, avortée au début du XXe siècle, d’assimiler les Jurassiens en les germanisant, en leur insufflant un sang sain et allemand. Et plus près encore, il y eut l’Affaire Moeckli en 1947, soit le refus du Grand conseil bernois de confier à ce Conseiller d’État jurassien le Département des Travaux publics, considéré comme trop important pour y placer un francophone ! On pourrait s’arrêter là.

Les vices avérés des règles plébiscitaires

Rappelons toutefois les manœuvres bernoises de manipulation des modalités du scrutin d’autodétermination des années 70 et suivantes. J’ai eu l’occasion de prononcer, au Conseil national le 6 mars 1979, un réquisitoire sur les éléments connus à l’époque de la procédure plébiscitaire, imposée par le canton de Berne avec d’ailleurs à l’époque la bénédiction de la Berne fédérale !

Contrairement aux usages internationaux en la matière, l’élaboration de l’additif constitutionnel (qui a, malgré toutes les embûches, permis aux Jurassiens de créer un canton suisse) n’a pas fait l’objet d’une négociation entre les parties en conflit, les autorités bernoises d’un côté et les représentants qualifiés du peuple jurassien d’autre part. Berne a ainsi pu unilatéralement et arbitrairement fixer les règles qui, on l’a vu, auraient dû en tous points lui être favorables. Première tromperie.

C’est ainsi que l’additif constitutionnel incriminé devait, presque mécaniquement, aboutir le 24 juin 1974 à un refus de l’autonomie par le corps électoral des sept districts jurassiens. Pour s’assurer du vote négatif des citoyens du district alémanique de Laufon, les Bernois avaient en effet introduit la possibilité pour ceux-ci d’opter par la suite pour un de leur cantons voisins. Las pour Berne, la mécanique n’a pas fonctionné dans le sens programmé. Cette deuxième tentative de manipulation de la procédure plébiscitaire s’est retournée contre ses auteurs puisque le Laufonnais a pu profiter de l’opportunité qui leur avait été offerte, sans qu’il l’aie demandée auparavant.

Troisième manœuvre avérée, sûr de leur fait, les Bernois ont ainsi laissé la campagne précédant le vote du 23 juin 1974 se dérouler pacifiquement. Mais après l’échec de leur plan, les autorités bernoises ont laissé leurs partisans, couverts sinon encouragés par la police, recourir à des actes de violence contre les Jurassiens durant toute la période précédant les sous-plébiscites de 1975.

Une révélation confondante

Bien après, en mars 1984, un fonctionnaire cantonal Rudolf Hafner, contrôleur des finances bernoises, rend public le fait que des fonds secrets bernois (les Caisses noires) ont servi à influencer le plébiscite jurassien. On peut se demander comment cela a été possible. Mais les motifs de recours de quelques citoyens prévôtois contre le vote du 18 juin 2017 donnent peut-être quelques idées sur les moyens que Berne avait alors pu mettre en œuvre pour fausser la procédure plébiscitaire. Méfiez-vous des méfiants.

Que dire encore des mensonges du canton de Berne sur les finances de Moutier et sur l’hôpital prévôtois avant le 18 juin 2017, mensonges grossiers que le maire de Moutier a dû corriger publiquement, ce que la préfète a utilisé comme principal grief pour casser le vote.

En faut-il plus pour désigner les grands tricheurs du moment ?

jesn-claude.crevoisier(arobase)courant-d-idees.com

paru le 6 novrmbre 2018