"No Billag", puisqu'on en parle
Pierre Kolb  

Billag

Ras-le-bol de ce matraquage des radios-TV officielles sur l’initiative dite No Billag. Un vent d’hystérie souffle dans les rédactions de la SSR-SRT-SRG-DRSusw. On se croirait revenu aux années 70, lors de la panique occasionnée, par les initiatives anti-étrangères modèle Schwarzenbach,

Pas un bulletin d’information sans qu’on ne nous lâche un couplet sur le sujet, et suant l’ennui. Car bien que les dirigeants de l’audiovisuel public aient un gros fromage à défendre, ils sont pris dans leur carcan du devoir de neutralité respecté mécaniquement (la formule de prudence «pour les uns, pour les autres»). Faute de pouvoir clairement tirer à boulets rouges sur ce projet, ils en parlent et reparlent, finissant par lasser tout le monde, au risque de s’aliéner les sympathies de ceux qui n’ont pas envie d’offrir à Blocher et ses sbires cette option de destruction de l’audiovisuel public, au profit des chaînes commerciales qui ne visent qu’à tirer profit de la masse des consommateurs payeurs. Quand ce n’est pas, livrer le citoyen téléspectateur à un nouverau paysage audiovisuel à la Berlusconi. Ce risque est évident puisque les blochériens se tiennent en embuscade avec leur force de frappe financière.

En plus – un article de «Domaine Public» vient de bien le souligner (DP2190) - cette initiative s’inscrit dans une entreprise générale de privatisations dont il ne faut pas sousestimer la portée antisociale.

Soit. Mais si cette initiative devait passer, il faudrait bien admettre que ces gens l’auraient bien cherché. Ces gens: le microcosme fédéral, tout ce petit monde noyau dur de la Confédération, pas seulement naviguant sous la Coupole, mais aussi les fonctionnaires intercantonaux, les pontes des organismes faitiers suisses, patronaux ou autres, ainsi que l’ossature de la SSR… bref, la marmite du pouvoir, qui régulièrement abuse de l’absence, dans ce petit pays, d’une franche opposition politique. Ainsi en a-t-il été de la fixation du montant de la redevance. Ils ne se sont pas rendu compte, ou n’ont rien voulu en savoir, que les cinq cents balles de Billag, qui souvent s’ajoutent aux frais de raccordement à un réseau cablé. c’était beaucoup trop, au point de contraindre d’aucuns à renoncer à leur abonnement à un quotidien: c’était trop pour des centaines de milliers de personnes. Alors qu’une formule de subventionnement fondée sur les recettes fiscales eût pu amoindrir le choc.

Sur le plan culturel, la promotion des minorités ne va pas sans de multiples négligences. S’il est vrai que le diable se cache dans les détails, on a vu les pleuitres de l’audiovisuel public avaliser le recours à un acronyme germanique pour désigner l’initiative vilainement nommée RASA comme au barbarisme de No Billag. Sans parler de «sons» anglo-saxons grossièrement transposés plutôt que doublés.

A partir de ces petites choses, il y en aurait à dire. N’empêche, le gros danger reste cette attaque frontale contre l’audiovisuel en place pour y substituer de troubles antennes privées. Alors, même si, comme souvent en Suisse, les choix proposés à l’électeur le sont en termes frustrants, il faut surmonter une aigreur légitime pour résister à une offensive dangereuse.

pierre.kolb(arobase)courant-d-idees.com

paru le 21 janvier 2018