Valais: un tournant incertain
Pierre Kolb  

Freysinger

Spectaculaire, la chute d’Oskar Freysinger est une péripétie intéressante de la vie politique valaisanne. Peut-être un tournant pour ce canton.

Il a flambé. Comme Blocher. Les deux hommes se ressemblent par ce qui a fait leur perte, leur extrémisme, leur démesure. Qu’on se souvienne , s’agissant de Blocher, de ce jour où une de ses décisions de conseiller fédéral fut cassée par le Tribunal fédéral, au motif de l’inconstitutionnalité de la chose. Manifestement contrarié, le conseiller fédéral chef de Justice et Police lacha sans autre, abrupt et impulsif «Alors il faut changer la constitution.»

Ce qui,,, ne fut pas fait. D’autres anecdotes de la même eau ont couru à son sujet et son programme politique se résume en solutions extrêmes, on ne le sait que trop. Son fan club dit qu’il n’aime pas les demi-mesures, la réalité, c’est sa démesure qui l’a rendu incompatible au Conseil fédéral. Depuis son éviction, il donne sa pleine mesure, si l’on ose dire, en promouvant des solutions extrêmes qui se révèlent inapplicables, telles l’internement pénitentiaire à vie ou, bien sûr, le blocus anti-étrangers du 9 février 2014, blocus blocage puisque rien n’a pu être mis en vigueur à ce jour.

Dans le cas d’Oskar Freysinger, c’est une tonalité extrémiste de droite qui a été constatée, ses mauvaises fréquentations publiques européennes, avec une dynamique islamophobe perverse. Là, sur son terrain favori, il a pu donner le change – et cela explique, malgré l’échec électoral, le maintien d’une certaine audience populaire – donner le change au sens où le phénomène nouveau sous nos latitudes de la visibilité islamique, ainsi que l’amalgame possible à un arrière-plan terroriste a suscité de légitimes malaises.

Mais Freysinger en a rajouté, tombant allègrement dans le travers, la marque de fabrique blochérienne, la démesure.

Leurs similitudes sont fortes, au-delà d’apparences divergentes: Blocher est lourdaud, Frerysinger baroque. Mais les problématiques sont les mêmes, faites d’intransigeances radicales, genre pousse-au-crime.

C’est çe qui a choqué en Valais où l’on se sent volontiers conservateur par prudence face à la nouveauté, par recherche de bon sens. Mais Freysinger a eu son éruption de politiquement correct, et sous le vocable conservateur, a tenté de promouvoir une bascule réactionnaire. Cela n’a pas marché.

N’empêche, pour réussir la mise à l’écart du trublion et consolider la suprématie démocrate-chrétienne, Christophe Darbellay a eu le génie tactique de diffuser une conception de la représentation équilibrée des partis, qui écartait de facto, patente injustice, Stéphane Rossini, au profit d’un radical inconnu, et prorogeait le tabou linguistique valaisan. Pour les dégats, on verra plus tard.

Aujourd’hui seul maître à bord, Darbellay annonce vouloir changer l’inage du canton. C’est entendu, l’affaire Giroud et quelques scandales immobiliers ont montré qu’il y a des écuries à nettoyer. Mais où Christophe Darbellay veut.il vraiment en venir, lui qui a eu besoin d’un long détour fédéral pour prendre le pouvoir à Sion? Sera-t-il le satrape de ce Conseil fédéral dont il n’a pas renoncé à devenir membre? Le processus d’uniformisation suissiste qui a déjà anesthésié la vie politique d’autres cantons romands, menace.

Nul doute que l’éviction d’Oskar Freysinger et, implicitement, le refus des excès blochériens, marque un tournant en Valais. Disons un tournant possible, mais aussi incertain.

pierre.kolb(arobase)courant-d-idees.com


Un ermite à Savièse.

Qu’était-il donc devenu, l’hypermédiatique Freysinger, toujours prompt à répondre aux sollicitations des médias, voire à les devancer ? Inexistant le jour de sa défaite et les jours suivants. Cloîtré chez lui, escamoté...Il ne passe pourtant pas pour un pleutre. Cette attitude en contradiction parfaite avec le personnage pourrait bien relever d’un réflexe de protection illustratif du sens de la mise en scène typique de ces gens. Souvenez-vous de la défaite de Blocher à l’Assemblée fédérale en décembre 2007, sa stupeur et celle de son clan, son départ le visage défait, rasant les murs: de fait une séquence de très bonne télévision, qui eût dû logiquement être repassée en boucle, si la TV officielle, très respectueuse de Blocher et consorts, n’avait préféré en faire «service minimum». N’empêche qu’avec le temps cette autocensure ne peut plus fonctionner et d’inévitables émissions rétrospectives viennent rafraichir les mémoires. Sans aucun doute OF a compris la leçon, et tout fait pour empêcher la moindre production d’image vivante du principal intéressé à ce moment critique. Choqué, certes, mais à l’abri, et tant pis pour la documentation historique.(pik)


paru le 26 mars 2017