Article paru le 24 janvier 2010 dans http://www.courant-d-idees.com
Dans son blogue, le ministre François Marthaler félicite son fils cadet*. Grand bien lui fasse...
...au fiston. Le motif de cette mise en exergue ? Un réflexe écolo d'une qualité peut-être rare aujourd'hui, mais qui pourrait devenir fréquent. Ca se passe avec les pots de yaourt dont le conditionnement de plus en plus répandu comprend un gobelet recouvert d'un imprimé en papier-carton. Explication du ministre : "Non seulement il mange des yaourts "bio", mais il connaît le petit geste écologique qui permet de réduire son empreinte écologique: détacher la coque en carton pour le recyclage et ne mettre à la poubelle que le gobelet ultra-mince en polypropylène (non-polluant)".
Bon. Je me serais probablement contenté de sourire si presque en même temps, une personne de mon entourage ne m'avait dit: "A propos les yaourts, tu sais que maintenant ... etc, l'emballage, détacher le carton avant de jeter le gobelet."
Quel est ce nouveau tic qui semble s'abattre sur l'Helvète moyen comme jadis la petite vérole sur le bas-clergé? Et puis, on nous en prépare combien, du genre ?
Parce que tout de même, je veux bien croire qu'un emballage imprimé a le défaut d'être polluant, à la différence du gobelet en polytruc. Dans ce cas, il suffit d'imprimer les indications essentielles sur le couvercle, et on peut se passer d'une enveloppe bariolée. Vous n'y pensez pas, commercialement... Oui j'y pense, si les impératifs écologiques, et on veut bien le croire, imposent ce gobelet non-polluant, alors qu'on nous épargne l'enveloppe, la prescription de la détacher, etc.
Or, justement, on ne nous les épargne pas. Entre les exigences du marketing qui postulent des emballages de yaourt attrayants et celles de l'écologie, la solution est vite trouvée par un report de la corvée de recyclage sur le consommateur.
Et les circonstances se multiplient qui multiplient les petits gestes responsables que le consommateur est impérativement prié d'accomplir parce que les fabricants se sont ainsi simplifié la vie. Des petits gestes qui s'ajoutent à la corvée de base du tri, laquelle se caractérise par une progression continue des matières à recycler, et donc à rapporter aux quatre coins de la ville.
On parle de plus en plus du bilan écologique des activités industrielles ou autres. Mais qui fait le bilan des corvées du recyclage ? Une corvée à laquelle tant de gens se plient, particulièrement s'ils ne peuvent échapper à la tyrannie de la taxe poubelle, cette mesure parfaitement anti-sociale.
Sans compter que la question est de temps à autre posée de mettre à l'amende ceux qui jettent des objets susceptibles de recyclage (ou de recyclage partiel, voyez les pots de yaourt). Il faudrait les repérer ? On pourra faire des sondages dans les sacs poubelle. Big Brother est là pour ça.
Comme se pose la question de rationner les ressources épuisables. Préventivement, bien entendu. Un mien ami est inquiet. Il possède un magnifique aquarium , avec plein de jolis poissons, des coquillages et une végétation aquatiques, une alimentation d'eau, un éclairage... Jusqu'à quand pourra-t-il en profiter sans se ruiner ? C'est à se dire, heureusement qu'il y a des riches, ils savent assez faire pression pour que leurs piscines ne leur reviennent pas trop cher, privilèges qui rejaillisent favorablement sur l'aquarium du citoyen moyen.
Nul doute que plus on avance, plus l'écologie tend à nous pourrir la vie. Quand on a commencé, il y a quelques décennies, à nous dire de séparer le papier du contenu des sacs poubelles, on ne nous a pas averti qu'ensuite il y aurait le verre, le pet et autres plastiques, le compost, l'alu, les piles (à trier, en plus, selon les sortes) les pots de yaourts et ainsi de suite : je devrais peut-être faire une liste autrement complète, pour que l'on ne me soupçonne pas de ne pas recycler tout ce que je n'ai pas nommé.
Insupportable. Trouvez-nous une écologie vivable.
* Le blogue de François Marthaler: cliquer