Article paru dans http://www.courant-d-idees.com

Merveille sur internet
Pierre Kolb
jdg

L'annonce, en ce début décembre, n'était pas du genre à faire de gros titres. Et pourtant, quelle bonne nouvelle que la mise en ligne des archives du "Journal de Genève" !

Accessibles gratuitement ! Là, le quotidien "Le Temps", qui diligente cette opération, fait fort. Pour la première fois toutes les archives, 172 années d'un quotidien qui a publié deux millions d'articles, peuvent être consultées sur internet, par article ou par numéro. On en parlait, cette fois ça y est, c'est disponible, c'est impressionnant.

Bon. Ne donnons pas le Bon Dieu sans confession au "Temps", quand on voit que cette publication a rendu payantes ses propres archives alors que leur gestion en est aisée puisque tout s'est passé, dès son lancement, sous une forme informatique. Et n'oublions pas que ce titre genevois, issu des morts suspectes du "Nouveau Quotidien" et du "Journal de Genève" reste un usurpateur aux yeux d'une minorité du monde des médias. N'empêche, il y a là un inestimable service au public, rendu possible grâce à une collaboration avec la Bibliothèque cantonale de Genève et la Bibliothèque nationale. Laquelle a signé un accord de principe avec les éditeurs suisses de journaux, si bien que d'autres parutions vont suivre. S'agissant des fonds d'archives gardés par "Le Temps", on peut encore espérer voir arriver les archives de la "Gazette de Lausanne", autre grand quotidien romand. Celles du "Nouveau Quotidien" aussi.

Il s'agit de titres disparus. Mais la Bibliothèque nationale a indiqué qu'elle développait des projets avec des journaux actif, tels "L'Impartial", "L'Express", les "Schaffhauser Nachrichten". Assez souvent, les collections existent en trois exemplaires, une à la Bibliothèque Nationale, une à la Bibliothèque cantonale où le quotidien est édité, et celle de l'entreprise. C'est sur ce matériau qu'a été effectuée la numérisation du "Journal de Genève", en exploitant les documents les mieux conservés et exploitables. Un gros travail, et coûteux, d'où l'appui financier d'entreprises mécènes.

Actuellement, la recherche de documents de presse est difficile. Il faut aller dans les différentes bibliothèques publiques, la consultation de collections est délicate et prend du temps. Cette numérisation est une révolution, et une libération. Actuellement toujours, les archives de presse en ligne, qui ne remontent qu'à un nombre limité d'années, sont en général payantes, à des tarifs variables, prohibitifs. La consultation d'un article peut varier d'un à cinq francs pièce. En général l'intéressé lance une recherche par mots clés et dispose d'un affichage de quelques lignes, des chapeaux d'articles d'une utilité inégale. Si l'on ne dispose pas de références précises sur un article, si l'on cherche des réponses les plus complètes possibles sur un sujet, on sera tenté de tenir compte du nombre de signes, ce qui n'est pas une appréciation qualitative et peut réserver des surprises. Ainsi lorsque la référence proposée est une lettre de lecteur, et que les 8.000 signes annoncés s'avèrent être tout le courrier des lecteurs du jour : mais vous ne   vous en rendez compte qu'après avoir dû payer.

On peut imaginer qu'un avocat facturera sa recherche à son client, et ainsi dans des situations similaires. Par ailleurs nombre de quotidiens alimentent une banque de données commune, ouverte à forfait à leurs journalistes salariés. Mais ce n'est pas le cas des journalistes indépendants, très désavantagés. Inégalité de traitement. Et au-delà, toute personne encline à chercher des informations ne tarde pas à se heurter à ce barrage financier. Un problème qui se pose, et de plus en plus, avec toutes sortes de banques de données.

Aussi la mise en place progressive d'un service public d'archives des journaux par internet peut-elle être considérée comme départ d'une reconquête d'un droit au savoir.

On veut y croire, même si ces perspectives sont encore incertaines. Au moins, un premier acquis est là avec le "Journal de Genève", qu'il ne faut pas gâcher. Ce quotidien, s'il a toujours eu des ambitions de qualité sans toujours avoir la qualité de ses ambitions, s'il a modéré son engagement à droite en respectant souvent les impératifs de l'information, a surtout et avant tout joué un rôle de premier plan pendant la 2e Guerre Mondiale.   Eh bien, tout est là, vous pouvez y aller voir.

L'exploration de telles archives peut aussi aider à sortir de l'amnésie médiatique ambiante. En allant revisiter les déclarations successives de politiciens. Ce qu'Untel a dit à dix ans d'intervalles. Il y a de belles contradictions à glaner. Ou aller comparer des discours sur une crise, sur une guerre.

Des promenades à faire au gré de vos besoins, ou de vos envies. J'avais été frappé, lors d'une crise internationale des années 70, par un commentaire de Claude Monnier auquel j'ai repensé plusieurs fois, mais je n'avais pas eu le réflexe de l'archiver. Ca m'est tout de suite revenu à l'esprit lorsque ces archives se sont ouvertes. Une recherche avec trois mots clé et un ciblage sur la période m'ont fait affiché 46 références. Quelques vérifications sur certains de ces titres plus loin, j'avais mon article. Moins de dix minutes. Quel plaisir.

En 1991, la "Gazette de Lausanne" a fusionné avec le "Journal de Genève". Manquent aujourd'hui, pour le titre vaudois, les archives de la longue période antérieure, et c'est important. Notamment parce que   la notoriété de ce quotidien relève d'une autre tranche d'histoire, celle de la Guerre d'Algérie, du fait de l'activité de Charles-Henri Favrod, très bien introduit dans les milieux indépendantistes. Vivement les archives de la Gazette !  

paru le 21 décembre 2008

Post Scriptum: "Le Temps" s'y met

Toute bonne surprise en ce début février. Le quotidien "Le Temps", dont nous regrettions que parallèlement à la mise à disposition des archives intégrales du "Journal de Genève", il continue de faire payer l'accès à ses propres archives, vient de les rendre libres d'accès! Ce qui donne l'accès sur base de données à une continuité de l'information quotidienne de 1826 à nos jours. Chapeau, M'sieurs-Dames!

paru le 4 février 2009