Article paru le 29 février 2004 dans http://www.courant-d-idees.com

Le rouge leur va si bien
Madeleine Joye

LE ROUGE LEUR VA SI BIEN

Le 8 mars, les femmes pourraient s'habiller de noir - le noir du deuil, celui des illusions perdues. Elles ont choisi le rouge, celui de la colère face aux injustices dont elles sont encore et toujours les victimes.

L'égalité entre les hommes et les femmes figure pourtant dans la Constitution fédérale depuis 1971... trente-trois ans et elle n'est pas concrétisée. Ô bien sûr, il y a eu des progrès, mais il reste tant à faire. Et, surtout, la marche vers l'égalité semble marquer le pas, si ce n'est régresser à la «faveur» d'une conjoncture difficile. Comme si les femmes, sans avoir obtenu ce à quoi elles ont droit, devaient payer au prix fort les dérapages économiques qui ont rejailli sur les collectivités publiques. La 11e révision de l'AVS en est un exemple choquant.

Les femmes avaient accepté la 10e révision - qui faisait notamment passer de 62 à 64 ans l'âge de leur retraite - contre la promesse, avec la revision suivante, d'une retraite anticipée «sociale», accessible aux petits revenus. Mais les promesses n'engagent que ceux qui y croient: au lieu du cadeau annoncé, la 11e révision «offre» aux femmes une année de travail supplémentaire et la diminution voire la suppression de la rente de veuve. Délicate attention, merci. Les économies se font sur leur dos et, quand on invoque l'égalité, c'est à leur détriment.

Mal payées (travail à temps partiel, salaire moyen inférieur de 20% à celui des hommes), mal assurées (une salariée sur trois n'a pas de deuxième pilier), les femmes ne pourront pas bénéficier d'une retraite anticipée dont la pénalisation (6,8% par année d'anticipation) réduirait à néant des rentes déjà insuffisantes. Ce n'est pas par hasard que les trois-quarts des bénéficiaires de rentes complémentaires sont des femmes.

Qui plus est, celles qui cotisent à la prévoyance professionnelle voient - sous prétexte d'une plus grande longévité - leurs fonds moins bien rétribués que ceux des hommes. Elles sont punies parce qu'elles «risquent» de vivre plus longtemps. De petites rentes résultant de petits salaires, encore diminuées pour cause d'éventuelle longue vie... ah! la belle vie. Serait-ce vraiment trop cher payé que quelques années de rentes supplémentaires en compensation de décennies de doubles ou triples journées, au travail, au ménage, auprès des enfants - souvent au prix de carrières avortées, de boulots précaires, de bas revenus... donc de vieillesse misérable du point de vue financier?

Il faudrait évoquer aussi une assurance maternité contestée malgré sa modestie, ainsi que les mille et une «petites» discrimations qui font l'amertume quotidienne des femmes... autant de bonnes raisons de dire leur colère et de faire savoir qu'elles ne sont pas résignées au sort qu'on s'obstine à vouloir leur faire. Et si les hommes, nombreux, qui se préoccupent comme elles d'égalité et de justice portaient aussi une touche de rouge le 8 mars?

madeleine.joye@courant-d-idees.com