Article paru le 7 mars 2004 dans http://www.courant-d-idees.com

Chers amis de la Suisse romande
Pierre Kolb
UDC, Zurich d'abord

Révélatrice, la philippique commise par un conseiller national UDC zuricois, qui s'en prend méchamment aux cantons de Vaud et de Genève, à propos d'un litige avec la Commission fédérale des banques. Où l'on voit comment, dans la garde prétorienne de Blocher, on confond les intérêts de la Confédération avec ceux de Zurich.

Curieusement, les responsables du site internet de l'UDC-Vaud ont oublié d'insérer cette chose dans leur service de presse. Pourtant ils diffusent scrupuleusement la prose du parti suisse, laquelle constitue l'essentiel des nourritures administrées aux militants vaudois. A tel point que les prestations des "intellectuels" agrariens vaudois y sont noyées dans un flot de discours expédiés de Suisse allemande. Mais il faut aller dans le site suisse pour trouver les propos, furibards à l'encontre des cantons de Vaud et de Genève, du conseiller national Hans Kaufmann, de Wettswil. Le sieur Kaufmann n'a pas avalé que ces cantons se retournent contre la CFB (Commission fédérale des banques) après la débacle des deux banques cantonales. On sait pourtant que ces démarches sont logiques. Autorité de surveillance, la CFB a une part de responsabilité dans le bon fonctionnement du système bancaire suisse. Elle doit intervenir lorsque l'activité d'un établissement devient dangereuse. Compte tenu des gigantesques pertes essuyées à Genève et à Lausanne, la CFB n'a-t-elle pas tardé à intervenir? Là est la question à laquelle seuls les tribunaux peuvent répondre. Les deux cantons ont donc été amenés, pour que cette affaire de responsabilités soit tranchée par la justice, à réclamer à la Confédération des sommes il est vrai impressionnantes: trois milliards et demi pour Genève, deux milliards pour Vaud.

5,5 milliards en tout! Il est vrai que lorsqu'on a vu la Confédération sortir deux milliards de son chapeau dans l'affaire Swissair, et traficoter d'autres milliards (y compris l'argent des cantons) dans la vilaine action du paquet fiscal, on est tenté de relativiser. Ce n'est pas le cas de notre citoyen-député de Wettswil. Il fustige le "sans-gêne", "l'arrogance" des   deux cantons, prétendant que "ces milieux prennent la Confédération pour une grande caisse dans laquelle chaque canton doit tenter de prélever un maximum." Pas vraiment fine, la remarque, mais elle prépare la suite où notre bonhomme montre le bout de l'oreille:   "Le canton de Zurich, s'empresse-t-il d'ajouter, paie de loin la contribution cantonale la plus importante à la caisse de la Confédération".

Nous y voilà! Quelques remarques bien senties sur les contributions fiscales zuricoises lui servent ensuite de raccourci pour affirmer qu'avec cette requête valdo-genevoise, "le canton de Zurich devrait leur verser plus d'un milliard"! Et pour bien savonner les têtes au bord de la Limmat, cette énormité sert de titre à l'article.

Plus c'est gros, plus ça marche, et mieux cela confortera ces gens dans l'image des Romands gaspilleurs. Avec le Valais ou le Jura, on peut toujours évoquer les subventions qui partent de leurs côtés. L'argument porte moins s'agissant de Vaud et Genève. Mais avec cette controverse bancaire et son escalade de chiffres, on a un bon truc.

Rappelons tout de même que la question des bénéficiaires de la manne fédérale n'est pas simple. Il n'y a pas que les subventions, il y a les emplois fédéraux, les commandes de la Confédération, etc. Il faut remonter à la fin des années 70 pour trouver une étude poussée de la répartition de ces dépenses. Elle a laissé le souvenir que les cantons de Berne et de Zurich étaient les mieux lotis. C'est peut-être pour cela que l'étude n'a pas été refaite.

Mais aujourd'hui on ne se gêne pas, au cur de l'UDC, pour casser du sucre sur les "chers amis de la Suisse romande", selon l'expression mécanique de Blocher. Car il s'agit d'étayer des argumentaires. Celui qui pourrait aider, par exemple, à justifier des coupes dans les crédits ferroviaires romands, en vue d'éponger les dépassements dans le Gothard. Bon exemple: car tant qu'à devoir compenser les surcoûts des transversales alpines, ne serait-il pas plus judicieux   de renoncer au projet de tunnel du Zimmerberg, au bord du lac de Zurich, cette gâterie de près d'un milliard qui avait été glissée en douce, à la dernière minute, dans le paquet NLFA-Rail 2000? Quelle mauvaise pensée! Le nombre de ceux qui y songent commence tout de même à grossir. Il faut contre-attaquer. Alors plaignons Zurich, devenu vache à traire. Et le tunnel du Zimmerberg sera bien gardé.

pierre.kolb@courant-d-idees.com