Hommage à José Ribeaud
Pierre Kolb  

Hommage JR

Le quotidien valdo-fribourgeois La Liberté a été marqué, à la fin du siècle dernier, par deux personnalités d’envergure, François Gross et José Ribeaud. L’excellence journalistique du premier et son long règne à Fribourg sont encore dans bien des mémoires. José Ribeaud, qui vient de mourir, est plus souvent cité pour son travail à la tête du téléjournal. Pourtant ses cinq années à La Liberté ont été décisives pour ce journal qu’il a su, avec l’aide de son adjoint Claude Chuard, restructurer pour satisfaire aux exigences d‘une presse régionale moderne. Ceci en dépit d’une active hostilité orchestrée au sein de cette rédaction, une fronde dont le noyau dur était implanté à la rubrique régionale, ce qui n’arrangeait rien dans un titre à vocation régionale.

En reconnaissance, nous reproduisons ici un article qui fut publié dans La Liberté lors de son départ, le 30 mars 1996. (pik)

Le rédacteur en chef de «La Liberté» se donne un nouvel avenir



José Ribeaud largue ses amarres



Lorsqu’il est appelé en 1990 à «La Liberté», José Ribeaud n'est pas à la recherche d'une carrière. Bien installé à Zurich, rédacteur en chef du télé-journal, c'est un journaliste au sommet d'un parcours bien mené. «La Liberté» sera la cerise sur le gâteau.



D'avoir ainsi passé au quotidien fribourgeois dénotait ,chez cet homme de télévision, un sens de la remise en question et un goût du risque que peu lui prêtaient Il n'allait pas tarder à voir que le risque était bien réel. Prendre la responsabilité de cette rédaction marquée par vingt années du règne de François Gross... la greffe n'allait pas de soi. Plus qu'une fièvre, c'est une crise que déclenche la réaction de rejet d'une partie de la rédaction. Mais José Ribeaud s'en sort. A l'étonnement expectatif du microcosme fribourgeois, dont l'attention sera dès lors moins polarisée par la présence de ce Jurassien à la tête de leur journal que par le comportement dudit journal face à la crise qui s'abat sur la presse régionale romande. Or «La Liberté », on le sait - mais touchons du bois - résiste mieux que les autres.

Quant à José Ribeaud , il mène de front plusieurs chantiers. Il réorganise la rédaction en mettant l'accent, lui qui n'avait jamais vécu à Fribourg, sur l'information régionale. L'ouverture des rédactions décentralisées à Bulle et à Payerne, en atteste.



NOUVELLE FORMULE



En même temps il donne l'impulsion à l'élaboration d'une nouvelle formule du journal. Opération réussie aussi, soulignons-le si l'on pense que plusieurs quotidiens ont connu des chutes de diffusion lors de leurs mutations: «La Liberté» a continué à progresser.

José Ribeaud avait d'entrée de cause parlé d'un mandat limité à cinq ou six ans. Ce qui a été accompli montre à quel point ce ne fut pas une simple transition. En outre, il a marqué la vie de ce journal par l'accent mis sur deux thèmes, l'Europe et les problèmes linguistiques. Sur l'Europe, son insistance dès 1990 a sans doute aidé cette prise de conscience que le Fribourg francophone a sanctionné positivement le 6 décembre 1992.

S'agissant des questions linguistiques, ce Romand est un expert par excellence de la Suisse alémanique pour y avoir vécu et y être resté attaché au point de réintégrer maintenant son domicile zurichois. S'il n'a pas craint de dénoncer les dérives qui menacent la Romandie, c'est en connaissance de cause. Tels ont été les accents. Le reste est un José Ribeaud quotidiennement attentif, mieux que d'autres rédacteurs en chef, à l'ensemble de son journal, des sports au magazine en passant par les affaires du monde et religieuses. Il donnait l'impression que, sur une île déserte, il aurait tout emporté.

Mais ce qui compte le plus au bilan est impondérable. C'est la confiance que José Ribeaud est capable d'investir en chacune et chacun. Meneur d'homme? Encourageur des personnes, devrait-on pouvoir dire. José Ribeaud laisse un climat.



PIERRE KOLB

paru le 8 février 2019