Un pari sur l'avenir
Jean-Caude Crevoisier  

Macron

Les journalistes, parisiens pour la plupart, ont beaucoup de peine à sortir de leur schéma de pensée binaire. Pour eux, il n’y a comme choix politique possible qu’entre la gauche et la droite. Au mieux, ils n’ajouteront à cette vision personnelle du monde que, d’un côté, l’extrême gauche, et de l’autre, l’extrême droite.

C’est avec cette grille d’analyse que ces journalistes cataloguent aujourd’hui le mouvement (je ne dis pas parti) engendré par le nouveau président de la République française. Selon leur positionnement antérieur, ils focalisent par inertie, les uns sur les ministres auparavant inscrits à droite, les autres sur ceux qui s’étaient illustrés plutôt à gauche. De là, certains concluent rapidement que la politique économique du gouvernement sera « de droite » puisque les ministres en charge dans ce domaine viennent des Républicains. D’autres au contraire pronostiquent une orientation « de gauche » en se basant sur le surnombre relatif des ministres auparavant socialistes.

Tellement habitués à décrire la politique de façon manichéenne, ces commentateurs (auxquels se joignent presque tout ce que la France compte de penseurs, philosophes et autres politologues) n’imaginent pas une seconde que le collège gouvernemental pourrait sortir de cet enfermement idéologique et proposer au pays qui en a bien besoin une politique apaisée de synthèse et de consensus.

La tâche n’est certes pas facile, tant les esprits aussi bien des futurs élus que des citoyens ont été façonnés et rigidifiés par les antagonismes antérieurs. Il ne sera de ce fait pas aisé d’établir la confiance et le dialogue entre les partenaires sociaux, de les contraindre à construire ensemble un nouveau modèle de fonctionnement de la société, de les amener à appliquer concrètement les devises de la République française : Liberté, Égalité et Fraternité.

Les obstacles à franchir sont importants, à commencer par celui de l’indispensable moralisation de la politique. Le « tous pourris » qualifie aujourd’hui aussi bien le personnel de droite que celui de gauche. Des exemples récents, même s’il portent sur quelques cas particuliers, sont d’ailleurs venus renforcer ce sentiment largement partagés dans l’opinion publique.

Il faudra aussi « remettre l’économie à sa place » en la subordonnant à la politique, à des décisions démocratiques, à la nécessité de répondre aux besoins de l’ensemble de la population (et pas seulement de quelques privilégiés notamment par la fortune), à l’indispensable collaboration intra-européenne, à l’urgence qu’il y a à agir de façon responsable sur l’environnement.

Le nouveau président de République propose une alternative à l’affrontement mortifère entre une gauche et une droite qui, par alternance et avec des choix inconciliables dans la durée, se sont partagé le gouvernement de la France jusqu’à ce jour. Pour ce pays, il faut souhaiter que l’expérience (j’allais dire l’espérance) réussisse.

jean-claude.crevoisier(arobase)courant-d-idees,com


paru le 28 mai 2017